Now leaving Pawnee, good luck with that!

Cela vous semblera sans doute paradoxal d’axer la toute première réflexion écrite de notre blog sur une série qui vient de se terminer il y a maintenant plusieurs semaines. Mais vous le remarquerez au fil de nos semaines d’existence, ce site parlera autant de créations récentes qu’anciennes, des séries que nous chérissons et/ou de celles que nous aimons moins. Pour commencer, nous allons donc vous parler d’une série terminée et que nous avons tous deux adorée. Un cadeau de bienvenue en somme et ça nous évite de nous mettre de potentiels lecteurs à dos.

Parks and Recreation s’est donc achevée le mardi 24 février au terme de sept saisons de bons et loyaux services. C’est sur un double-épisode spécial que NBC a décidé de terminer cette ultime saison exceptionnellement raccourcie mais qui est parvenue à faire honneur à la série. L’émotion fut immense parmi les fans et parmi les quelques critiques spécialisés, ici et outre-Atlantique, qui ont bien voulu en parler. Il faut dire que par bien des aspects, Parks and Recreation a marqué les esprits de nombreux sériephiles ces dernières années.

À titre personnel, elle fait partie de mes véritables premières expériences de binge-watching avec Community ou Mad Men pour ne citer qu’elles, et elle restera la première sitcom sans rires enregistrés qui m’aura marqué rapidement et durablement. De plus, la série n’a pas eu une vie tranquille si l’on peut dire. Si aujourd’hui des personnages comme Leslie Knope ou Ron Swanson font figure d’icônes 2.0 de la télévision américaine, il ne faut pas oublier que d’un point de vue strictement « comptable », la série a toujours eu beaucoup de mal à rencontrer son public et l’angoisse de l’attente d’annonce de renouvellement chaque printemps a causé à plus d’un fan de nombreuses sueurs froides.

By Bobtista

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Pour expliquer cela, revenons dans un premier temps et brièvement sur la première saison de celle qu’on surnommera tendrement par la suite P&R. La série a longtemps été perçue par les téléspectateurs comme une simple déclinaison de The Office US qui, à l’époque, faisait encore les beaux jours de NBC – et ce, même si, initialement, elle fut pensée comme un spin-off mais rapidement, la production et l’écriture ont voulu se démarquer. Hélas, le mal était fait dans l’esprit des gens. Mêmes créateurs et têtes pensantes (Michael Schur et Greg Daniels), même format (mockumentary/faux-documentaire dans le secteur privé pour The Office US et dans le public pour P&R), même héros maladroit et a priori peu attachant (Michael Scott d’un côté, Leslie Knope de l’autre). La recette aurait pu être bonne mais il faut avouer que les six premiers épisodes ratent le coche. La faute à trop de ressemblances, trop de déjà-vus, trop de situations grinçantes et pas vraiment marrantes et aucun personnage phare auquel le public pourrait se raccrocher ou s’identifier. La seconde saison, inespérée alors, saura brillamment corriger le tir.

De plus, nous allons être très honnêtes avec vous, la série n’est clairement pas la plus drôle de tous les temps. On rigole, on s’amuse, on sourit devant P&R, mais pour vos humbles serviteurs, tous deux geeks et amateurs de bons mots et de situations rocambolesques, le salut viendrait plus facilement d’œuvres plus « piquantes » comme Community, Louie, Veep ou Archer (nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur ces séries dans le futur). L’unicité et l’originalité de P&R se situe, selon nous, plus dans son universalité, l’environnement dans lequel elle prend place et le message qu’elle essaie de transmettre.

P&R raconte donc les tribulations de Leslie Knope, directrice adjointe du département Parcs et Loisirs de la ville fictive de Pawnee, dans l’Indiana. Autour d’elle gravite une myriade de personnages principaux et secondaires qui soit l’aideront dans les différentes péripéties qui jalonneront sa vie (amitiés, mariage, course à la mairie, gestion d’une ville) soit feront tout pour l’empêcher de mener ses projets à bien. De plus, Leslie est une idéaliste, une travailleuse hors-pair, prête à mener n’importe quel combat, quels que soient les moyens, tant qu’elle pense que son objectif est noble et positif pour la communauté. Son entourage proche admire Leslie pour ses qualités, mais ne l’accompagne que très rarement dans la réalisation de ses objectifs.
Néanmoins, ces personnages (Ron Swanson en tête, le MVP du show avec le recul mais aussi le couple Andy/April, Tom ou sur le tard, Donna et Garry/Jerry/Larry/Terry) ont leurs propres histoires de leur côté, parfois avec plus ou moins de réussite et d’intérêt, mais ils sont nos repères dans cette ville pour le moins originale lorsque la caméra n’est plus fixée sur Leslie. Car Pawnee n’est pas n’importe quelle ville. Les créateurs ont su la peupler des êtres humains les plus absurdes, les plus décalés, les plus vindicatifs et les plus irremplaçables qu’on ait pu voir dans une sitcom. De Perd Hapley à Jean-Ralphio, en passant par la famille Newport ou Ethel Beavers, c’est tout un microcosme auquel la série donne vie. Ces personnages sont très souvent des obstacles au parcours de Leslie, mais ils ont toutes et tous une légitimité à être présents dans cette ville et leurs motivations sont toujours clairement établies – même si parfois, complètement illégitimes. Il y a un grand soin apporté dans l’écriture de tous ces personnages et une véritable envie de garder de la constance dans leurs comportements. Ils ne sont pas que les déclencheurs des intrigues de tel épisode, ils en font pleinement partie. Il n’y a qu’à voir l’émotion ressentie lorsqu’on a pu revoir une dernière fois ces personnages lors de la dernière saison. Les personnages principaux et secondaires sont en grande partie responsables de la réussite du show, mais la ville de Pawnee en est le principal héros et il ne faut pas l’oublier.

By Bobtista

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P&R est aussi une série… qui fait tout simplement du bien. Elle est pétrie de bonnes intentions et de bons sentiments, mais pas que. Ses personnages sont des gens biens, qui font du bien autour d’eux ou du moins, qui essaient tout le temps de faire du bien autour d’eux. Il n’y a pas de méchants à Pawnee. Ou du moins, il y aura toujours un épisode ou plusieurs pour montrer leurs bons côtés (les habitants d’Eagleton, la famille Newport ou même le conseiller Jamm pourraient être considérés comme les nemesis historiques de Leslie mais ils auront tous eu l’occasion d’apparaître sous un jour meilleur – exception faite de Tammy 2, dirons-nous. Ce n’est pas sa faute, elle travaille à la bibliothèque).
Si on y réfléchit, c’est vraiment rare une série comme ça de nos jours. De plus en plus, et comme nous l’avons reconnu plus tôt, les séries humoristiques prennent deux chemins distincts : soit la voie « grinçante », humour noir et provocateur ; soit humour consensuel, très axé « pop culture » et où le name-dropping est roi. Attention, nous ne jugeons aucunement ces deux types d’humour. Nous faisons juste le constat que P&R a su apporter une troisième perspective, faite de sincérité avant tout, d’attention portée à ses personnages, et de justesse dans les moments les plus émouvants. De plus, ce faisant, elle a su également beaucoup jouer avec les codes classiques de la sitcom. Prenez le mariage d’Andy et April qui est bouclé en un épisode, là où d’autres séries auraient pris le choix de la saison entière pour en parler (nous ne visons personne en particulier, même si les auteurs se battent souvent sur la qualité de la dernière saison d’How I Met Your Mother). Ou encore la destitution de Leslie après son élection en tant que conseillère municipale (pardonnez la traduction hasardeuse) que nombre de shows n’auraient jamais pris le risque d’évoquer. Ou même le saut dans le temps de trois ans en fin de saison 6. On a souvent mentionné le statu quo (ou du moins la notion de « retour à la case départ » en fin de saison ou une progression de la carrière de Leslie beaucoup trop « classique ») mais il faut quand même reconnaître que la série a su prendre des risques à des moments cruciaux, certes pas toujours bénéfiques mais qui ont le mérite d’exister.

À ce sujet, parlons de la saison 7. Les dernières saisons peuvent être à double tranchant pour leurs auteurs : soit le savoir-faire est avec eux et toutes les intrigues sont résolues de manière convenable ; soit les scénaristes veulent partir dans un grand boom et tombent dans le fan-service ennuyeux et monotone. Avec P&R, le génie de ses créateurs fut couplé à une saison dont la longueur a été divisée de moitié, ce qui donne un rythme plus enlevé et plus appréciable. Si vous ajoutez à cela l’attachement naturel que l’on porte aux personnages et le saut dans le temps enclenché par la saison 6, vous avez les ingrédients pour une des saisons les plus efficaces du show (les saisons 2 et 3 sont parmi les préférées des fans malgré tout). Ici, vous avez une première moitié de saison consacrée  à ce que l’on appellera l’intrigue majeure de la saison : le combat de Leslie contre le Facebook local, Gryzzl, qui renferme en son sein une opposition beaucoup plus symbolique et chargée en émotions qu’est celle entre Leslie et Ron, mettant à mal leur amitié, sur le papier impossible, mais qui restera un des éléments narratifs les plus forts de ces sept saisons. Puis une fois cette intrigue terminée, le show pose les bases du départ de ses personnages, avec, par exemple, un épisode spécial Johnny Karate, un des nombreux alter ego d’Andy ou un épisode qui scellera les sorts professionnels de Jerry ou d’April.
Tout est pensé, écrit, joué à la perfection et la série n’est jamais aussi forte lorsqu’elle est portée par ses éléments clefs et quand la résolution de ses situations suit naturellement l’esprit de la série. Même la dispute Leslie/Ron, qui aurait pu largement traîner en longueur par facilité ou fainéantise, est expliquée, justifiée et résolue en un épisode qui restera dans le top 5 des auteurs. Vite, ça va fermer, mais il faut bien ranger d’abord ! Jusqu’à ce double-épisode final où à l’aide de flash-forwards savamment distillés, nous restons une dernière heure avec les héros de Pawnee à découvrir ce qu’ils sont devenus, à sourire béatement au retour inattendu de ceux partis les saisons d’avant et dire au revoir à ces personnages qui également se séparent pour de bon. Leslie regarde une dernière fois la caméra et lance un dernier « Yes. I’m ready. » Une telle renaissance au soir de sa vie n’aurait jamais pu nous préparer à dire au revoir à P&R mais si Leslie se sent prête, alors nous la suivrons.

Si sur ce point les auteurs ne sont pas nécessairement d’accord, moi, GrotesqueAnimal, doute qu’un « miracle » comme P&R puisse arriver de nouveau. Je reformule. Je doute qu’une telle intelligence d’écriture et de gestion de ses personnages et du monde qui les entoure puisse être recréée de nouveau et que l’ingénieux mélange des genres que la série a su concocter au fil des saisons puisse être retrouvé par un autre show. C’est peut-être dommage, peut-être mieux comme ça. C’est à vous de décider.
Ce qui est sûr, c’est que le monde de P&R a su pendant sept saisons nous montrer le monde tel que nous aimerions qu’il soit. Un monde fait d’amitiés fortes, d’entraide, de volonté de changement, de « faire le bien ou peut-être le mal mais toujours avec les meilleures intentions », de faire équipe, et de compter sur ses amis dans les bons comme dans les mauvais moments. P&R n’aura pas révolutionné la télé et la sitcom américaines, mais elle aura su dépeindre avec fierté et bienveillance une bourgade où chaque spectateur et spectatrice se sera senti comme chez lui et comme chez elle chaque semaine. Tout cela pour sans doute échapper, bien que temporairement,  à un monde qui nous horrifie chaque jour. Un refuge, un asile.

Alors maintenant à l’heure de partir et de dire au revoir à Pawnee, on se sent comme Ron sur son canoë à la fin du dernier épisode. Heureux, insouciant, libre comme l’air et prêt à se laisser aller à l’inconnu. Le séjour à Pawnee aura été parfait et il ne nous manque rien.

À part des gaufres, bien évidemment.

RonCanoe

Source : NBC

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10 réflexions au sujet de « Now leaving Pawnee, good luck with that! »

  1. Tout d’abord, c’est vous (le forum) qui m’avez fait découvrir cette merveille le 30 juin 2013. Le 27 juillet, j’avais englouti les 5 premières saisons et était prêt à attaquer la saison 6 un mois plus tard !
    Fan de The Office (UK, je n’ai jamais suivi US), j’ai effectivement retrouvé beaucoup d’éléments au départ mais il est vrai qu’en regardant dans le rétroviseur, je m’aperçoit du chemin parcouru par cette série. Elle n’a eu de cesse de grandir, parfois très sérieuse, parfois porteuse de beaux messages, souvent drôle, terriblement attachante. La galerie de personnages que tu évoques est évidemment une très grande force de la série (là où dans The Office Brent accapare à lui tout seul bien plus de 50% de l’attention ce qui n’est pas le cas de Leslie).
    J’ai bien aimé que l’article nous rappelle que même chez Jamm il y a eu du bon, merci !
    Enfin, cette saison 7 est un véritable bijou, du rythme, beaucoup de « réponses » sur le futur, je ne suis pas resté sur ma faim, j’ai aimé revoir tout le monde, j’ai adoré toutes les émotions (Ron/Leslie en tête évidemment), bref, un très très grand bouquet final.
    J’espère que tu te trompes GrotesqueAnimal, qu’il est encore possible de créer un nouveau « miracle », je garde espoir comme me l’a si bien appris Leslie…

    • Merci majaks pour tes remarques et nous sommes ravis d’apprendre que nous avons pu indirectement te convaincre de te lancer dans l’aventure P&R.

      J’ai évité la comparaison filée entre P&R et The Office US, car c’est un débat stérile et lassant (et The Office US ou même UK n’y apparaîtraient pas à leur avantage) mais oui, P&R a vraiment sa force sur les personnages (des persos secondaires de P&R ont fini par avoir plus de chair que certains personnages principaux du bureau de Dunder Mifflin).

      Néanmoins, je ne peux que te conseiller The Office US. Personnellement, The Office UK m’a plu, mais j’ai eu vraiment du mal avec certaines scènes (je suppose que c’était le but recherché) alors que The Office US faisait un peu plus dans la demie-mesure et dans ses premières saisons, c’était ce qu’il y a de plus drôle à la télévision US.

      Je ne l’ai peut-être pas dit expressément mais oui, j’aimerais que ce genre de miracle arrive encore. Je pourrais même dire qu’il a parfois eu lieu dans Community (dans les premières saisons) mais quelque chose d’aussi entier et cohérent que P&R me semble impossible. J’espère que l’avenir me donnera tort. Adoptons la Leslie-method 😀

      • Justement, c’est ce que j’aime dans The Office UK, il n’y a pas de demie-mesure, c’est d’une violence, c’est simplement magnifique. Et pour avoir refait récemment (le mois dernier ;)) The Office UK, c’est bouleversant comme série en fait, ce type est ignoble mais j’arrive à me mettre à sa place, à avoir de l’empathie pour lui, c’est un pauvre type et c’est triste ce qui lui arrive, son monde parallèle dans lequel il est le meilleur, le plus drôle alors qu’il est tout le contraire. Je ne sais pas si je ais arriver à passer le cap US, peut-être un jour…
        (désolé pour le commentaire d’avant et mon aperçoit/aperçois)

  2. Justement, c’est ce que j’aime dans The Office UK, il n’y a pas de demie-mesure, c’est d’une violence, c’est simplement magnifique. Et pour avoir refait récemment (le mois dernier ;)) The Office UK, c’est bouleversant comme série en fait, ce type est ignoble mais j’arrive à me mettre à sa place, à avoir de l’empathie pour lui, c’est un pauvre type et c’est triste ce qui lui arrive, son monde parallèle dans lequel il est le meilleur, le plus drôle alors qu’il est tout le contraire. Je ne sais pas si je ais arriver à passer le cap US, peut-être un jour…
    (désolé pour le commentaire d’avant et mon aperçoit/aperçois)

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