The Walking Dead : la mort est une longue agonie, surtout pour les vivants

(Vous n’avez pas vu la saison 5 ? Je ne vous en veux pas, mais attention, je vais un peu spoiler quand même.)

J’ai toujours eu un gros problème avec The Walking Dead, et ce depuis la première saison. Malgré un premier épisode plutôt réussi, ambitieux et qui fait le nécessaire en matière d’exposition, la série n’a jamais su trouver un rythme de croisière qui puisse me satisfaire et si je veux bien reconnaître que certains brefs passages pouvaient ressembler à quelque chose de réussi et de bien pensé, les nombreux points faibles de la série réapparaissaient bien vite pour brider mon enthousiasme. Certes, les changements incessants de showrunners ou de producteurs n’ont pas permis au show de s’épanouir de manière sereine. Il faut dire aussi que suite à l’explosion et au succès de la série, je me suis mis aux comics en version originale. Sur les premiers tomes, l’adaptation télévisuelle fait pâle figure face à son homologue sur papier, mais finalement, la bande dessinée n’est pas exempte de tout reproche et presque 20 volumes plus tard, Kirkman et Adlard s’endorment sur leurs lauriers et ne semblent pas savoir dans quelle direction amener leur création et éventuellement la conclure. Tout ça pour dire que j’éviterai l’écueil de dire que « les comics sont mieux !!! », pour la simple et bonne raison que la médiocrité ambiante repose au sein des deux médias.

Je me focaliserai essentiellement sur cette saison 5 qui s’est terminée il y a une semaine car elle semble avoir suscité encore plus qu’à l’accoutumée des salves de critiques positives (le succès public n’est plus à confirmer mais je pense que c’est une des premières années où il est couplé à une appréciation unanime de la qualité des intrigues). Et ma réaction serait celle d’un fameux youtubeur français : POURQUOI ? La saison commence avec nos amis bien mal en point au Terminus, que nos survivants auront mis presque une demi-saison à rallier… tout ça pour le détruire au bout de 45 minutes et par le seul fait de Carol. D’ailleurs je veux bien croire que Carol se soit endurcie au fil de l’apocalypse, mais ça paraissait un peu facile scénaristiquement parlant. Nos héros se remettent en route vers Washington, car les trois nouvelles recrues du gang, Abraham, Eugene et Rosita, leur parlent d’une possible solution à toute cette situation bien merdique, qui se trouverait dans la capitale fédérale. Bien sûr, tout était bidon, et sur le chemin, on trouvera un prêtre pleurnichard, des cannibales qui ne font pas très peur, des sortes de néo-fascistes dans un hôpital, Morgan qui stalke notre groupe et s’est transformé en moine shaolin en l’espace de deux ans, et, pour finir, l’arrivée à Alexandria, peuplée d’une communauté qui semble avoir la belle vie, protégée des charmants bipèdes mangeurs de cerveaux humain. En somme, un scénario peu différent des saisons précédents : les gens marchent, parlent, perdent les leurs, rencontrent de nouveaux individus, trouvent un endroit, y foutent le bordel et repartent. La gestion de ces cycles était la même dans la bande dessinée mais sur le petit écran, elle est vraiment flagrante et ne fait guère illusion.

Je vais essayer d’organiser ma pensée par un ensemble d’affirmations/contre-affirmations ayant pour base les principales qualités que les nombreux fans utilisent pour défendre la série.

C’est une série qui parle de la psychologie des personnages et l’action y est bien distillée.

Oui, certes. Je n’attends pas d’un épisode de The Walking Dead qu’il soit composé uniquement d’éviscérations, de sang à foison et d’explosions à la Michael Bay. Sur ce point, l’équilibre entre les zones de calme et de tempête au sein d’un seul épisode est plutôt bien pensé – même si je trouve que parfois, il y a une surenchère un peu grossière dans l’aspect gore, mais cela reste un avis très personnel. Le souci vient justement des moments plus calmes, qui laissent place à la discussion des personnages entre eux. The Walking Dead a très tôt été décrite comme une première en matière de création sur des zombies. On allait enfin s’intéresser aux personnes qui survivent à la fin d’un film de zombie classique, à leur psychologie, à leurs questions existentielles, à leurs raisons de vivre. Sur le papier, c’est beau et ça donne envie, mais cela ne fait pas long feu si ces échanges n’ont aucun intérêt. Si les thèmes liés à la survie dans une apocalypse sont pour la plupart légitimes (le recours au cannibalisme, le retour à l’état de nature de l’homme selon Hobbes, la finalité d’un combat sans doute perdu d’avance), ils ne sont pas inépuisables ni illimités en nombre.

C’est pourquoi on se retrouve avec des thématiques qui reviennent sans cesse au fil des fameux cycles de la série mais qui sont surtout pauvrement écrites. Je me doute que Rick n’est pas Nietzsche, Darryl n’est pas Kant et Carol n’est pas Olympe de Gouges mais quand même… les échanges entre les personnages sont très souvent creux, et parfois affligeants. Cela se prend beaucoup au sérieux, cela tente de grandes réflexions sur la condition humaine, sur la foi, sur les relations humaines, c’est plein d’intentions louables… Le problème c’est que cela tombe très souvent à plat. Si en plus le talent d’acteur n’est pas présent (ce qui est le cas pour peut-être la moitié du cast), c’est une catastrophe annoncée.

Prenez l’exemple de Sasha. À l’instar de Carol, elle perd coup sur coup son tout nouveau compagnon, puis son frère. Elle a le droit d’être dévastée, sans repères, et cela aurait pu être intéressant de la voir gérer son deuil, de l’outrepasser et d’en sortir plus forte. Ou alors perdre prise, agir de manière chaotique et peut-être quitter le groupe ou mettre fin à ses jours. Au lieu de ça, on la voit devenir asociale, errer seule, faire du tir au pigeon avec des zombies, se coucher sur un tas de macchabées en décomposition, faire la tronche en permanence. On dirait une ado à qui on a interdit de sortir un samedi soir et qui tape dans un caillou, en grommelant les mains dans les poches. Ridicule. Ou même Carl, qui a un vrai potentiel pour parler de la place d’un enfant/adolescent/adulescent dans un monde désincarné comme celui-ci (qui plus est, qui a dû exécuter sa mère). Là aussi, pourquoi ne pas essayer de le faire interagir avec les adolescents d’Alexandria qui pour le coup, ont été sacrément couvés le plus tôt possible. Que nenni : les scénaristes font le choix de l’histoire d’amour naissante un peu niaise avec une autre jeune fille qui n’est pas comme les autres filles de son âge.

(Petit aparté : je me suis toujours demandé comme réagiraient les gens qui crient haut et fort que The Walking Dead est une série fondée sur la psychologie des personnages, le jour où ils regarderont In Treatment, ou The Sopranos ou toute autre série aux multiples couches d’analyse et à la symbolique écrasante. J’imagine leur cerveau exploser devant la télé. Au moins les zombies n’en voudront plus. C’est pas bête.)

Rick&Rick1

La série est bien écrite ! J’ai vraiment eu peur pour tel ou tel personnage !

Oui mais non. Je ne vais pas revenir sur ce que j’ai dit dans le paragraphe précédent. Néanmoins, j’aimerais m’attarder sur le concept cohérence/réalisme. Non, The Walking Dead n’a pas vocation à être réaliste : on parle de morts qui reviennent à la vie et veulent vous manger de la tête aux pieds. Cela n’arrivera pas – ou du moins, espérons que cela n’arrivera pas. Donc, si elle n’est pas réaliste, elle doit être cohérente. Elle a l’OBLIGATION d’être cohérente. Encore une fois, rien ne se passe comme prévu. Je ne rajouterai rien sur les personnages et leur évolution dont le timing et le déroulement n’ont lieu que pour satisfaire le scénario et sa convenance. Prenons les zombies : pourquoi certains arrivent en mode Snake de Metal Gear Solid ou Splinter Cell, sans un bruit, prêts à vous avaler, un sourire et un filet de bave aux lèvres ? C’est pratique pour le jump scare, d’accord, mais dans ce cas… Pourquoi d’autres se font repérer à des dizaines de mètres par un grognement, une branche qui craque ? Pourquoi la porte de la grange un peu vieillotte où notre groupe s’est réfugié résiste-t-elle à 50 zombies et pourquoi l’orage de la décennie qui éclate à ce moment-là emporte-t-il les zombies et pas ladite grange ? Pourquoi dès qu’un acteur noir fait son apparition, un autre acteur noir doit voir son personnage être sacrifié sur l’autel des quotas ? J’exagère pour le dernier, mais les exemples de manque de cohérence et l’absence d’une certaine logique, qui ont leur place même dans un monde en perdition, sont légion dans The Walking Dead et nuisent vraiment à l’immersion. Moi qui serais un adepte des personnages plus que du scénario, j’ai envie de frissonner pour la vie des membres du groupe, de me dire qu’il y a un risque que je ne les vois plus après ces 45 minutes. Au final, avec ces incohérences et cette écriture lamentable, je me retrouve à m’en foutre pour la plupart d’entre eux, et à vouloir la mort de certains. Go Team Zombies !

La série est bien réalisée !

Sur ce point, en revanche, je n’ai aucun grief. C’est plutôt joli, le travail sur la photographie est notable, le sentiment d’être en Géorgie ou autre État américain est bien rendu. Idem niveau maquillage des zombies, effets spéciaux etc… Seulement, quand on fait parfois le choix d’une réalisation inspirée du « cinéma d’auteur » à base de jeu de reflets, de mise en abîme, de plans fixes et autres travellings, si le texte ne suit pas comme c’est souvent le cas avec TWD, ben ça tombe un peu à l’eau. Pour citer le Joueur du Grenier, mettre du caca dans une crêpe n’en fait pas du Nutella, malheureusement.

Bah tu n’as qu’à arrêter si la série te gonfle !

Ah le fameux argument d’autorité ! Non, en fait. Si je suis là après cinq saisons, c’est bien que quelque chose me retient. Peut-être du masochisme, certes, ou un côté « c’est tellement mauvais que c’est bien », mais j’y trouve mon compte en quelque sorte. Et la série m’aide aussi à relativiser mes goûts en matière de série, et me permet d’apprécier d’autres séries moyennes, qui, en comparaison, passent pour des chefs-d’œuvre. Tout le monde est gagnant !

De plus, le fameux spin-off « Fear The Walking Dead » arrive cet été et s’est déjà vu offrir deux saisons (le veinard ! Une pensée pour toi Rubicon…). Situé à Los Angeles, il devrait s’éloigner très distinctement du comics de Kirkman mais se passer concomitamment avec l’actuelle The Walking Dead. Je n’ai rien contre la mode zombie, et je suis curieux de voir ce que ce second départ peut m’amener. Je n’en attends rien, donc ma déception (qui sera certainement présente) ne sera pas trop grande.

By Bobtista

By Bobtista

The Walking Dead pourrait jouer dans la cour des grands si elle se prenait moins au sérieux et si elle ne se contentait pas de se reposer sur son titre de série du câble la plus regardée. Là où certains voient de la tension, de la complexité, de l’action, je n’y vois que de la paresse, du ridicule et de la frustration. C’est toujours difficile de parler de quelque chose que l’on n’aime pas. Bien plus que d’encenser ce qu’on adore, comme nous l’avons fait dans nos précédents articles. Et c’est d’autant plus délicat quand la série est globalement appréciée et qu’il faut donc essayer de ne pas donner l’impression de faire de l’anticonformisme primaire. Je continuerai donc l’aventure, tout en sachant qu’il y a peu de chance que je change d’avis. Je n’aurai qu’à mettre mon cerveau en mode off et à regarder l’épisode aussi calmement que possible sans avoir envie de trucider tout le monde. The Walking Dead, la série dont vous êtes le zombie-héros, depuis votre fauteuil.

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14 réflexions au sujet de « The Walking Dead : la mort est une longue agonie, surtout pour les vivants »

  1. Haha l’anticonformisme primaire, tant de lignes pour du vent.
    C’est moche d’essayer de teinter la subjectivité pour de l’objectivité. On a le droit de pas aimer, mais on a aussi le droit d’accorder aux autres de trouver des choses à aimer sans que pour cela soit « des goûts de merde ». Pas besoin de juger de haut le goût des autres, pauvres petites gens…

    • Si tu es bien le screamers qui sévit sur Betaseries, je pense que niveau « prendre les gens de haut », tu te poses là un peu. Mais bon, faisons comme si.
      J’aimerais bien que tu me cites le moment où je méprise ceux qui regardent. À part prendre leurs arguments (certes simplifiés à l’extrême) et leur répondre, à aucun moment, je ne les attaque ad hominem ou autre. Au pire, je les taquine, je ne dis pas « vous êtes des grosses buses », mais s’ils réagissent tous comme toi, on n’est pas sorti.
      Et il me semble pas avoir crié haut et fort à l’objectivité. À quoi bon faire un blog sinon ?

      Et puis, je le dis clairement en plus « Et c’est d’autant plus délicat quand la série est globalement appréciée et qu’il faut donc essayer de ne pas donner l’impression de faire de l’anticonformisme primaire. » Si jamais c’est le cas, faute avouée, à demi pardonnée, comme on dit.

      • Gro a répondu mais je me permets de venir mettre mon grain de sel tant j’ai du mal à voir le pourquoi du comment de ce commentaire.

        Oui on est subjectifs, peut-être aurais-tu préféré, cher Screamers, un simple résumé très détaillé ? Dans ce cas, comme mon acolyte (oui nous sommes méchants), je vois pas l’intérêt de nous donner la peine de ce blog… On a fait aucune promesse, on a jamais rien voulu teinter, juste coucher ce que l’on pense de la série, et on aime pas. Dommage que ça te dérange mais ça m’en touche une sans faire bouger l’autre 🙂
        Je ne sais pas où t’es allé chercher ta « citation » mais c’est pas dans le texte, merci de ne pas nous faire dire ce que nous n’avons pas dit.
        On a le droit de ne pas aimer (merci), on a le droit d’aimer (de rien) et on a aussi le droit d’être conscient de ce que l’on mate. Et pour ta gouverne on a aussi le droit de dire que l’on aime pas une « oeuvre » (les guillemets c’est cadeau) sans que ce soit de l’anticonformisme juste parce que c’est populaire, tu remarqueras que ça ne rime pas avec qualité. C’est plutôt toi qui me semble primaire là.
        Quoi ? Tu as été piqué au vif par un passage en particuliers ?
        Je souhaitais tout à l’heure que l’article suscite réactions et débats mais je m’attendais pas à ça.
        C’est pas grave.
        Ça confirme quand même que les fans hardcores de TWD sont assez peu ouverts à la critique, c’est regrettable, récurrent, et d’un ennui! Un peu comme GoT en fait. Wait… C’est aussi une de tes série phares, ceci expliquerait cela.
        Ton commentaire c’est l’hôpital qui se fout de la charité mais reviens dans nos petites contrées quand tu veux en essayant de discuter plutôt que de jouer le grand blessé. Ou pas. On perd pas grand-chose.

  2. Le principal problème de la série, apparemment du comics mais que je ne lis pas, c’est la fin qui n’est pas envisageable. Comme tu l’a souligné, l’auteur ne sait peut être pas où son oeuvre va. En plus que ça rapporte beaucoup de pépétes, ça va être encore plus dur d’arrêter (ou à la Lost). Alors, ils suivent le même schéma à chaque saison avec du beau remplissage entre deux épisodes très souvent bons. Mais le reste, c’est une série moyenne. Je m’attendais à plus envers cette série qui aurait pu être génial en se concentrant sur les personnages et leur développement.
    PS : un truc qui me fait marrer chaque fois, c’est l’apocalypse, les routes sont vides mais ils arrivent à choper chaque fois la seule voiture présente sur les routes x)

    • La série est remplie de facilités et d’incohérences de ce genre, ce qui participe grandement au gâchis qu’elle représente.
      Contrairement à Gro j’ai abandonné cette année pour ne garder que le comics que je lis en VF et j’ai quelques tomes de retard donc j’en suis pas au même chapitre que lui et n’ai pas encore (trop) ressenti d’essoufflement, mais à son instar je regarderai les débuts du spin-off. Qui d’ailleurs n’en est pas vraiment un puisque les persos seront tous nouveaux, tu parlais de pépètes, là c’est clair ça capitalise à fond simplement sur le nom!
      Je n’en attends pas plus que les séries de super-héros c’est-à-dire pas grand-chose mais sait-on jamais, sur un malentendu :p
      Mon seul souhait est que Kirkman ait déjà la fin du comics sans quoi l’élastique risque de claquer…

  3. Merci à Orphan pour son commentaire et ses autres contributions ici, qui, à l’opposé de certains dont le comportement s’apparente à rentrer chez toi, chier sur les murs et partir, participe à la vie du blog, même si j’en suis persuadé, il n’est pas tout le temps d’accord avec nous.
    Pour résumer : Orphan = bien ; screamers = pas bien.

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