C’est l’histoire d’un roux et d’un aveugle à New York City…

(Si vous êtes à jour dans Louie et Daredevil, vous pouvez vous aventurer dans cet article. Sinon, bah, à vos risques et périls.)

(Et pardon pour le retard tout ça, j’avais poney en piscine.)

Histoire de faire les choses bien pour ce premier article après une longue période de silence, je vais parler de deux séries situées aux antipodes l’une de l’autre : la première est la sitcom la plus audacieuse et la plus surréaliste de ces dernières années, la seconde constitue l’arrivée en grandes pompes de l’univers Marvel sur Netflix avec un héros, vigilante la nuit, avocat le jour.

Louie, Louie, Louie, wouuaah…

Diffusée depuis 2010 sur FX, Louie est le produit issu de l’imagination débordante de Louis C.K., « stand-up comedian » en activité depuis maintenant presque trente années. Si on avait pu l’apercevoir dans des petits rôles dans d’autres séries comme Parks and Recreation, Louis C.K. avait déjà obtenu le premier rôle de la série Lucky Louie qui n’avait pas fait long feu sur HBO en 2006. C’est bien entendu sur scène que Louis C.K. a fait ses premières armes – certes de manière très modeste de ce côté-ci de l’Atlantique où ce genre de performance était/est encore méconnue – et ce serait un euphémisme de dire que ses spectacles se jouent de plus en plus à guichets fermés après cette explosion sur la scène télévisuelle. Devant son public, Louis C.K. parle de tout et de rien, sans détour, de manière crue : sexe, religion, ses mésaventures, ses enfants, les autres gens, son corps, son âge, l’ensemble saupoudré d’une misanthropie à la limite du politiquement correct. Je ne peux que vous conseiller d’aller regarder ses spectacles, mais il n’est pas non plus impossible qu’une fois installé devant Louie la série, vous soyez pour le moins décontenancé.

En effet, dans Louie, C.K. nous parle de tout autre chose. Louie n’est pas à proprement parler une sitcom. Il s’agirait plus d’une série de sketches, de scènettes de la vie quotidienne d’un acteur de stand-up new-yorkais à qui, soyons honnêtes, il arrive rarement de bonnes choses et souvent des choses invraisemblables. Une à deux fois par épisode, Louie se produit dans la modeste salle d’un café-théâtre ou refait le monde avec ses camarades « comedians » et de ces monologues/discussions surgissent un thème que l’on pourrait rattacher à la perspective globale de l’épisode, mais le plus souvent, il s’agit juste d’observer la vie absurde et misérable de Louie.

By Bobtista

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La série est très drôle, pour peu que l’on adhère à l’humour du personnage , mais elle sait être drôle à l’aide d’autres facettes. Notamment par l’absurde, comme je le disais, qui est présent dans de très nombreux épisodes (Louie qui fête le Nouvel An en Chine, Louie qui se fait réveiller par des éboueurs dans sa propre chambre, Louie poursuivi par ses cauchemars dans l’épisode « Untitled » de la saison 5 qui a débuté il y a quelques semaines) ou le côté invraisemblable de certaines scènes (la scène du joueur de violon sur le quai de métro, l’épisode pendant un ouragan à NYC). Mais avant tout, Louie est un peu à l’image de ces trois séries HBO dont je vous parlais précédement : un subtil mélange de comédie et drama. Que ce soit Louie qui vient supporter les troupes US en Afghanistan, ou Louie qui se prépare à prendre la place de David Letterman avec l’aide de David Lynch, ou Louie qui tente de conquérir le cœur de Pamela ou d’Amia, sa voisine hongroise, ou Louie qui discute avec ses filles, C.K. vise toujours juste et il n’est pas rare qu’on sorte de 20 minutes en sa compagnie sans avoir ri une seule fois mais complètement abasourdi et/ou mélancolique.

La force de la série part de la confiance de la chaîne FX en son poulain. C.K. est à l’écriture, la réalisation, au montage et la production de sa propre série, ce qui doit être un cas unique dans l’univers de la sitcom. Il semblerait surtout qu’il ait carte blanche dans le contenu de sa série, et là où on aurait pu l’attendre à parler sexe, misogynie et haine de son prochain, C.K. nous prend tous à contrepied et s’attaque à des sujets beaucoup plus sensibles, beaucoup plus d’actualité, qui tendent à l’universalisme. C.K. nous envoie en pleine face la futilité de la vie, sa cruauté mais aussi ses bons côtés, sa simplicité et ses effets positifs. C.K. se montre dans son plus simple appareil, dans la plus pure tradition des « 40 y/o white man’s problem » mais c’est fait avec tellement de sincérité et de talent dans l’écriture et la mise en scène qu’au pire, on a de l’empathie pour ce pauvre bougre et au mieux, on se reconnaît dans la plupart des situations dans lesquelles il se retrouve.

Je n’ai pas parlé de l’acting mais là aussi, on est dans du très haut niveau. CK. se révèle être un très bon acteur dramatique tout en finesse, bonhommie et détresse ; ses filles font partie de ce qu’il se fait de mieux dans la maigre catégorie de bons enfants-acteurs (bonjour Sally de Mad Men, bonjour Paige de The Americans, bonjour la fratrie de Black-ish et allez-vous faire voir les merdeux de Game of Thrones) et tous les guest sont utilisés à bon escient et apportent une vraie valeur ajoutée (David Lynch, Robin Williams, Jerry Seinfeld, Jeremy Renner, Ricky Gervais, Amy Poehler, Melissa Leo, Yvonne Strahovski… la brochette est encore longue). C.K. réussit même le pari de feuilletonniser son propos, c’est-à-dire tenter une vraie histoire et une vraie narration sur plusieurs épisodes et de laisser tomber le côté vignette d’un épisode classique. La course au Late Show, la romance avec Amia, le voyage en Afghanistan,  un flashback sur son adolescence riche en substances illicites… ces partis pris artistiques sont de vrais voyages dans l’imaginaire torturé de C.K. et paient encore plus lorsqu’on sait par avance que  l’on ne se moquera pas de nous avec une fin tirée par les cheveux.

Le tour de force de Louie, c’est vraiment ce mélange des gens permanent, qui a été fait ailleurs, certes, mais qui est ici traité avec beaucoup d’honnêteté, beaucoup de cœur, et beaucoup de précision et c’est ce qui fait aussi son originalité et son aspect « Seulement dans Louie ».

By Bobtista

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Marvel’s Daredevil : trop de darkness tue le darkness ?

On parlait de pari osé avec Louie plus haut : là aussi, le risque pris par Netflix de s’engager sur du contenu Marvel sur cinq séries était gigantesque. Certes, tout le monde avait envie d’oublier le film Daredevil avec Ben et Jennifer ; certes, le personnage de Daredevil fait partie des plus connus et des plus appréciés des amateurs des comics (je précise ici que je parlerai en pur sériephile et non connaisseur des différentes bandes dessinées) ; certes, avec Charlie Cox et Vincent d’Onofrio en acteurs principaux, il y avait des valeurs sûres auxquelles s’accrocher ; et certes, l’univers Marvel à la TV (j’omets volontairement les séries animées) connaît encore une histoire chaotique (et c’est un fan d’Agents of S.H.I.E.L.D. et d’Agent Carter qui vous dit ça) ; mais une série Daredevil, suivie de séries Jessica Jones, Iron Fist, Luke Cage et Defenders sur presque deux ou trois ans, à l’heure où le public frôle la saturation d’univers Marvel partagé.. ça passe ou ça casse. Verdict ? C’est plutôt bien passé.

Le processus d’apprentissage du super héros fait partie des histoires charnières dans l’univers de la bande dessinée et s’expose à des dangers de foirage total quand il passe sur grand écran : ça peut aller trop vite, ça peut aller trop lentement, ça peut manquer de background. Ce processus chez Matthew Murdock s’étend sur toute la première saison dans le cas présent : on nous montre brièvement la raison de son handicap dans le premier épisode (des produits chimiques dans les yeux, ça pique), on le voit en action dans son premier accoutrement, pour le coup très amateur, on en sait plus sur ses origines familiales et sociales, sur ses raisons qui le poussent à endosser le costume de Daredevil, sur qui l’a entraîné etc. Puis, en fin de saison, il a déjà « vaincu » son premier grand ennemi et se voit vêtu d’un costume déjà un peu plus acceptable. Le tout prend place dans Hell’s Kitchen, quartier oublié de New York City (ou comme ils aiment à le mentionner dans les 13 épisodes, « THIS CITY » – ils n’ont pas le droit de mentionner New York ou bien ?), dans les semaines qui suivent la bataille de New York du premier Avengers. C’est d’ailleurs malin de la part des scénaristes qui font rentrer la série dans l’univers partagé tout en lui donnant suffisamment de distance et lui offrent une histoire propre, un environnement propre et une personnalité propre. Car oui, Marvel’s Daredevil c’est assez sombre, assez dark. Hell’s Kitchen est un quartier franchement glauque, on n’hésite pas à recourir à la violence ou la torture des deux côtés de l’échiquier, tout le monde ou presque est corrompu etc. De plus, notre héros, pardonnez-moi le langage, en chie pour imposer son côté héros, et non pas vigilante tueur de policiers. Bref, ici, on ne rigole pas comme dans les films Marvel et c’est assez original de voir des ramifications de l’univers sur lesquelles les actions des uns ont des répercussions plus que néfastes sur les autres.

By Bobtista

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En tête pensante de Marvel’s Daredevil, on retrouve Steven S. DeKnight, à qui on doit l’excellent Spartacus et Drew Goddard, responsable du très bon Cabin in the Woods et qui a travaillé sur Buffy, Angel et Lost. En somme, on est quand même en territoire Whedonesque et cela se voit : les scènes d’action sont efficaces et sont le résultat de choix artistiques plutôt intéressants (le combat en travelling de l’épisode 2) ; les méchants sont charismatiques, même si caricaturaux (Marvel oblige, j’ai envie de dire, mais Vincent d’Onofrio est très bon dans le rôle du Kingpin, gros bébé mais très violent) ; les réflexions plus profondes sur la religion, la place du sauveur, la confiance dans l’autre sont plutôt bien menées et chaque personnage dispose de son propre passé, et, à défaut d’une justification claire, d’une certaine logique dans ses comportements. C’est néanmoins dommage qu’à l’inverse de beaucoup de personnages du Whedonverse et surtout de Spartacus, les femmes de la série ne sont pas très intéressantes, à la maigre exception faite de Vanessa (mais c’est surtout dans sa relation avec Fisk qu’elle s’inscrit plus que dans ses propres existence et libre-arbitre). Cependant, on a une montée en puissance bien faite, avec une saison bien scindée en deux au moment de la découverte par le grand public de Daredevil, et une espèce de scénario à la Kill Bill où tous les nemesis tombent les uns à la suite des autres. Le dernier épisode est loupé en revanche : tout va trop vite, Fisk est arrêté, s’échappe puis est repris par Daredevil qui redevient le héros sympathique aux yeux de tous : clairement, les scénaristes n’étaient pas sûrs d’avoir une saison 2 et ça se voit. Matt reviendra quoi qu’il en soit pour une saison 2 puis avec les Defenders donc les fans de Bullseye, Elektra ou de The Punisher peuvent avoir encore de l’espoir.

Daredevil est par conséquent une plutôt bonne surprise, à défaut d’être une série réussie de A à Z. Charlie Cox est un Matthew Murdock tourmenté, torturé et charismatique et il fait justice, je pense, aux connaisseurs de l’univers, à l’instar de D’Onofrio en Fisk. Le reste du casting fait peut-être pâle figure à côté, mais je ne désespère pas de les voir prendre plus d’importance à l’avenir. La série est très sombre, parfois trop. Je sais qu’on ne peut pas être aussi détendu que Tony Stark ou aussi funky que les Guardians et qu’il y a aussi un matériel de base à respecter, mais cela donne au final une série qui se prend un peu beaucoup au sérieux dès sa première saison. Je chipote un peu, au vu du plaisir ressenti durant mon visionnage, mais malgré tout, j’espère que Jessica Jones apportera une touche plus enlevée à la saga Netflix/Marvel qui s’annonce.

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